Voici une tentative de réponse au thème proposé par Sabine.
Mais ne voyageant guère en ce moment il sera plutôt une sorte de fable qui je l'espère ne vous semblera pas trop amère.
Car si les voyages forment la jeunesse et s'ils ont instruit Sindbad et Ulysse, bien des marins partis pour l'Islande ou le Nouveau Monde n'en sont jamais revenus.
Je suis une grue. Un spécimen de ces animaux bruyants et grégaires que l'on trouve aux alentours du lac de Der (le "dernier" des lacs...) en Champagne-Ardennes.
Je ne sais d'où je viens.
Mais je sais où je vais : je rentre chez moi, dans le grand pays des grues, avec toute ma famille rassemblée. Et nous chantons, nous chantons en chemin.
Nous chantons pour nous donner du courage et nous avançons ensemble, les yeux rivés sur l'horizon, car nous savons, nous savons que nous arriverons.
Mais le chemin est dur.
Il y a les vents contraires. Les pluies qui battent à nos têtes. Et tous les obstacles inattendus. La brume... L'épuisement....
Mais quoi qu'il arrive nous suivons aveuglément la pionnière qui est déjà loin devant.
J'ai traversé des campagnes, des campagnes... Des nuages, des nuages... Des forêts, des forêts...
Et puis il y a eu ce brouillard. Ce terrible brouillard.
Et je n'ai pas vu cette ligne à haute tension.

Et voilà. Pour moi le voyage est fini.

Mais ce n'est pas grave. Et je me réjouis !
Car les autres, je sais qu'elles arriveront. Elle finiront le voyage. Elles seront à la maison.
Et je suis dans leur cœur.