Voici un article que j'avais commencé il y a quelque temps à propos de la Pentecôte et que je n'avais jamais eu le temps de finir.
Je vous le propose aujourd'hui.
Lorsque nous échangeons au plan banal nous employons un langage qui en apparence est compréhensible par tous, du moins par tous ceux qui ont été formés à le capter, en fonction du pays ou de la région où il vit.
Cependant celui-ci n'est qu'un outil, une technique adaptée à l'échange entre personnalités matérielles.
En fait lorsque j'exprime une idée, je tente de traduire par les mots qui sont à ma disposition quelque chose d'inexprimable qui est ressenti au fond de moi. Je cherche les termes adéquats... C'est ce qu'on appelle "le travail de l'écrivain" dont chacun s'acquitte avec plus ou moins de succès ce qui entraîne des appréciations sur sa qualité, si bien que l'on peut qualifier ce processus d'activité créative au même titre que la confection d'un tableau ou d'une sculpture.
Mais le résultat au bout du compte est que les auditeurs ou lecteurs ne comprennent le message que chacun à leur manière et souvent de mille manières différentes.
En fait le "ressenti intime" a été filtré à travers l'intellect de celui qui parle ou écrit, obligatoirement, étant le seul outil à sa disposition pour une expression matérielle ; et de même le message transcrit n'a pu être décrypté que par l'intellect de celui qui écoute ou lit, l'entraînant à des interprétations qui dépendent de son propre état intérieur.
C'est ce qui fait dire à notre Saint-Exupéry :
« On ne voit bien qu'avec le cœur. L'essentiel est invisible pour les yeux. »
Ou ici en d'autres termes : « On n'entend (ou ne ressent, ne perçoit, ne comprend) qu'avec le cœur ; l'essentiel est inaudible (ou insensible, imperceptible, incompréhensible) pour l'oreille (ou les sens, la perception, l'intellect)... »
Le langage est un outil banal pour les choses banales mais ne reste que très extérieur.
C'est pourquoi le langage unique de Dieu, qui siège au Centre de l'Être dans le lieu immuable et profond de l'indifférencié, devint imperceptible aux hommes dès l'instant qu'ils se dispersèrent sur la surface de la terre, essaimant du centre vers la périphérie et reculant de plus en plus les limites de celle-ci.
Leur babillage devint si futile qu'il s'abâtardit et devint semblable aux pierres dont on fait les statues ou aux monnaies de cuivre avec lesquels on paie les échanges. Il n'engendra plus que dialogues de sourds.
Et c'est pourquoi le Christ est venu rendre la Parole perdue. Etant Lui-même l'incarnation de l'Esprit du Père (la Source de Tout), Il a offert à ceux qui l'appelaient (« Nul ne vient à moi si le Père qui m'a envoyé ne l'attire » Jean, 6, 44) de recevoir à leur tour l'Esprit.
C'est ce qui arriva à la Pentecôte :
« Ils furent tous remplis de l'Esprit Saint et se mirent à parler diverses langues, selon que l'Esprit les inspirait. Or en ces jours de fête il y avait à Jérusalem des Juifs fervents, venus de tous les pays qui sont sous le ciel. Attirés par le bruit, ils accoururent en foule et restèrent stupéfaits, car chacun d'eux entendait les apôtres parler sa propre langue. »
Actes des apôtres 2, 4-6
En fait les apôtres ne parlaient pas diverses langues ; mais ce qu'ils exprimaient était perçu par tous de façon personnelle : chacun "entendait" ce qu'il avait à entendre, ce que l'Esprit voulait lui faire connaître, par l'intermédiaire de ces instruments parfaits qu'étaient devenus les disciples de Jésus.
C'est pourquoi l'Esprit est également associé aux prophètes ; il exprime directement la Pensée du Père, et sa Parole selon Jésus est Vérité pure :
« Lorsque viendra le Paraclet que je vous enverrai d'auprès du Père,
L'Esprit de Vérité qui vient du Père,
Il me rendra témoignage. »Jean 15, 26
Et il faut souligner ici encore un point essentiel : s'il y a trinité dans la manifestation, à l'origine il n'y a qu'Unité. En effet, qui voit Jésus (le Fils) voit le Père et nul ne vient à celui-ci que le Père ne l'ait appelé ; quant à l'Esprit, il ne se manifeste que pour exprimer la Parole du Père et confirmer ce qu'a dit le Fils.
En Vérité il n'y a donc que le Père. Esprit et Fils ne sont que Son expression à notre intention.