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        Aujourd'hui j'étais triste, à l'image d'une journée sombre et pluvieuse, et certaines d'entre vous m'ont bien réconfortée par leur gentillesse.

     

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    Tarot Zen d'Osho - le 3 "eau": La Fête.

     

        J'ai fait un tirage du tarot zen pour comprendre ce qui se passait et sur la carte ci-dessus j'ai vu la pluie, et nous ensemble qui nous tenions chaud en riant et en dansant.

     

         Et puis dans "Un Cours en miracles", que je lis épisodiquement sur l'écran de mon ordinateur (l'ayant téléchargé du net en Pdf), j'ai trouvé ceci :

     

         « Tu es certes essentiel au plan de Dieu. Sans ta joie, Sa joie est incomplète. Sans ton sourire, le monde ne peut être sauvé. Tant que tu es triste, la lumière que Dieu Lui-même a désignée comme moyen de sauver le monde est pâle et sans lustre, et nul ne rit parce que tout rire ne peut être que l'écho du tien. »

    Exercices pour les étudiants - leçon 100 p. 938

     

      Il est évident que le "Tu" est général et que tous les rires se répondent.

      Alors merci à vous tous et toutes d'être là avec votre rire !

     

    coeur.jpeg

     

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    Creche.jpg

     

          Sur cette crèche, toute simple et un peu stylisée, l'enfant n'est pas encore déposé, comme c'est l'habitude puisqu'on le fait apparaître traditionnellement à minuit le 25 décembre.

         L'ajouterons-nous ? Y croirons-nous, à cette "naissance" merveilleuse, prodigieuse, miraculeuse ... ? La naïveté de l'enfance accepte tout, comme elle accepte l'idée du Père Noël, mais  bientôt la rationalité s'installe avec la maturité, et l'on commence à douter. Et si tout ceci n'était que balivernes pour nous endormir et nous faire rêver ? Où trouver la preuve qu'un enfant nommé Jésus est né à ce moment-là en Judée, si seuls les écrits fondateurs d'une religion l'affirment ? Et encore plus à minuit pile, d'une vierge engrossée par l'Esprit-Saint, ce qui devient très, très dogmatique...

      Vierge-a-l-enfant.jpgNativité - auteur inconnu


         Et pourtant, cette fête, nous y tenons, et pour plusieurs raisons.

        La première est évidente : c'est que c'est le fond de l'hiver, le moment où les nuits sont les plus longues et les jours les plus gris, et où l'on a besoin de se retrouver et de se réchauffer tous ensemble. Et la seconde en découle en quelque sorte : dans les anciennes religions de l'antiquité, le 25 décembre a toujours été une date phare (c'est le cas de le dire !), pour des raisons astrologiques notamment, parce que c'est à partir de ce moment que les jours cessent de diminuer et que la lumière reprend petit à petit ses droits  ; ainsi, comme le développait récemment Mamadomi sur Caplibre, et comme on peut en voir l'évocation ici, il y eut à cette période en Égypte la célébration de la naissance d'Horus, fils de la déesse Isis, en Perse la naissance du dieu solaire Mithra, puis en Grèce les petites Dionysies (ou Dionysies rurales, organisées en vue de la fertilité des champs) qui avaient lieu fin décembre, et à Rome les Saturnales, grandes fêtes populaires agrémentées de marchés, de festins et de distributions de cadeaux qui s'achevaient le 24 décembre. En fait le christianisme n'a rien inventé, bien au contraire : comme on peut le constater très souvent, il n'a fait que reprendre à son compte les traditions qui l'avaient précédé.

    Naissance-d-Horus.jpgLa naissance d'Horus

        Mais dans ce cas, à quoi bon critiquer la légende qui y est associée ? Comme tout ce que relatent les évangiles, elle est symbole... Les symboles et les paraboles sont deux des voies royales qui mènent à l'ouverture de notre esprit sur une autre dimension, dimension indispensable à notre équilibre puisqu'elle a toujours été cherchée, à travers religions, philosophies, ascèses, enquêtes, mystères... Comme les mythes qui ont fondé la pensée grecque, comme les légendes qui ont marqué la civilisation nordique, cette histoire de l'enfant béni tombé du ciel est pour nous riche de sens ; elle est même une nourriture bienfaisante pour la partie de nous qui erre en cette vie en quête de compréhension et de lumière.

    Petit prince

    Le Petit Prince de Saint-Exupéry

     

        Nous ne sommes pas ce que nous croyons être : posés sur cette terre, comme des "Petits Princes" tombés de notre planète, nous ne rencontrons qu'énigmes et surprises, joies parfois mais que nous ne savons comment retenir ni obtenir, souffrances souvent et que nous ne savons ni  éviter, ni supprimer... Et ce, quelle que soit la période à laquelle nous sommes arrivés ici-bas, ou l'endroit sur lequel nous avons échoué ! Si vous y réfléchissez bien, les expériences que nous vivons se résument toujours à des joies, des peines, des manques, des douleurs, des extases... fluctuant au gré d'événements non gérables.

     

       Le sens est ailleurs ; et ce sens, ce sont les mythes, les légendes, les symboles, les paraboles, les contes qui nous l'apportent car il échappe au quotidien, il est situé ailleurs.

     

         Et maintenant, la voici cette promesse qui nous est envoyée :

        - D'un monde matériel totalement stérile, qui ne fait que se renouveler lui-même à l'aveugle, la vie peut germer ;

        - Et dans cette nuit où nous marchons au hasard, perdus et sans repère, soudain une lumière peut surgir ;

        - Si nous la voulons, si nous y croyons, c'est en nous-même que nous la sentirons, cette vie, cette lumière, car elle est au-delà de celle que nous avons connue jusqu'alors, elle est ailleurs, elle est au sommet d'une colline qu'il nous faut gravir !

    La montagne Sainte-Victoire-effet nuit(J'espère que vous me pardonnerez d'avoir transformé ce tableau de Cézanne - la Montagne Sainte-Victoire - pour en obtenir un "effet de nuit"...)

     

        La colline est notre esprit rationnel ; les orientaux enseignent à le dépasser par la méditation : c'est une méthode scientifique. Mais le mythe, le symbole permettent de le dépasser instantanément, par un simple basculement ! On appelle cela la "foi", mais le mot est galvaudé : il ne s'agit pas d'une croyance mais d'un RESSENTI.

         Lorsque vous basculez dans la joie de Noël vous savez que c'est la VÉRITÉ !! Et c'est cela qui vous faite rire aux éclats, rire, rire, rire de bonheur !

     

     

         À titre d'illustration musicale, je vous propose un extrait de la Cantate de Noël d'Arthur Honegger (1892-1955), sa dernière oeuvre et en quelque sorte son testament musical - créée le 12 décembre 1953.

        Vous y percevez d'abord les cris de désespoir de l'humanité souffrante ; puis avec le chœur d'enfants apparaît la promesse du salut... On notera qu'ici il n'est pas question de Jésus mais "d'Emmanuel" ce qui en hébreu signifie "Dieu parmi nous" : originaire de Suisse, Honegger était de confession protestante, et c'est aussi pourquoi les premiers chants de Noël entonnés ensuite sont des chants de Noël allemands ; cependant dans la suite de l'oeuvre on entendra des chants français, puis anglais, pour terminer - à l'opposé du démarrage - dans une apothéose de joie (pour entendre un peu de cette fin merveilleuse, rendez-vous ici). 

     

        Les interprètes sont ici Les chœurs et l'orchestre de la Fondation Gulbenkian sous la direction de Michel Corboz, avec pour soliste le baryton Gilles Cachemaille.

        Voici le texte entendu (à l'exception de celui du baryton que l'on discerne parfaitement) :

    Chœur d'adultes :

    Ô viens ! Emmanuel !

    En toi vit l'espoir d'Israël.
    Nos lourdes fautes

    Nous pleurons, entends,

    Entends nos voix qui t'implorons.

    Chœur d'enfants :

    Joie et Paix sur toi Israël !

    Voici venir Emmanuel.

    Chœur d'adultes :

    Ô viens, parais lumière du jour

    qui dois nous apporter ton secours.

    Nous errons tous sans but ni fin.

    Ô désigne-nous le clair chemin.

    Chœur d'enfants :

    Joie et Paix sur toi Israël,

    Il est venu Emmanuel.

     

       Bien sûr le texte reste "théorique", mais comme je vous parlais du ressenti, j'ai toujours été émerveillée par la puissance émotionnelle de cette musique. Et c'est cette émotion précisément qui compte : aspirer à une chose que soudain l'on reçoit ; appeler, et obtenir une réponse, une guérison.

     

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       Mais maintenant je vais me taire et vous souhaiter un très joyeux Noël ! En effet je risque de disparaître pour quelque temps... Jusqu'en janvier.

     

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      Et gros bisous à tous !!

     

     

     

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        Je vous propose ici un article de Jacques Secondi, paru dans le Nouvel Économiste, et consacré à la défense de l'enseignement des langues anciennes au lycée.

     

    Langues anciennes

     

       « Les humanités ne servent à rien en particulier, mais elles peuvent être utiles à tout . »

    Les arguments de Barbara Cassin1, philosophe et helléniste, pour sauver les langues anciennes et la culture générale du naufrage.

     

    BCassin.jpg

    La culture générale régresse. Ce serait la fin des humanités classiques et, en laissant s’accomplir le naufrage, les pouvoirs publics accepteraient de voir affaibli le pouvoir d’influence de la France, dénonce dans Le Monde un collectif d’écrivains et de philosophes autour d’Erik Orsenna et de Régis Debray. Invention – “digne des Monty Python” suggère le groupe – d’un concours de recrutement de professeurs de lettres classiques sans latin ni grec, disparition de l’enseignement de l’histoire-géographie pour les terminales scientifiques : ce qui était une possibilité largement offerte par l’école publique se transforme en un parcours du combattant réservé à une minorité ultra-motivée.

    Spécialiste des philosophies anciennes, Barbara Cassin est solidaire. Elle insiste, elle, sur ce qui dans l’étude des altérités, celle des langues et des cultures, permet la formation de la capacité de discernement et de l’esprit critique, bref de citoyens à part entière. Laisser mourir les textes anciens serait casser le miroir lointain qui permet une meilleure lecture de notre monde. Les humanités ne servent à rien en particulier, mais elles peuvent être utiles à tout, et c’est ce qui rend leur survie si compliquée à l’heure de l’utilité quantifiée et immédiate, juge la philosophe.

     

       « Les humanités représentent un outil précieux à notre disposition pour forger la capacité de chacun à penser, à discriminer, à critiquer, au sens grec du terme, c’est-à-dire à avoir du discernement. Les formes en sont variées. Il peut s’agir de l’étude des langues anciennes et des œuvres écrites dans ces langues. Rien d’exclusif dans ce choix, mais en leur présence, le processus de formation du sens critique se déclenche indiscutablement. Les langues anciennes donnent accès à un monde qui, d’une part, a formé le nôtre, d’autre part constitue une entité d’une grande richesse.

    À partir de ce monde-là, on peut réfléchir aux interactions avec les autres mondes, dont le nôtre. Il ne s’agit en rien de rechercher des solutions toutes faites dans un lointain passé. En revanche, on trouve dans ces œuvres des problèmes bien posés qui nous aident à réfléchir et à mieux comprendre nos propres difficultés. C’est tout cela qui est en danger. Il y a un monde de textes anciens qui nous permettent de nous observer nous-mêmes d’un autre point de vue.

    Si nous ne continuons pas à les visiter, ces textes vont finir par être réservés aux seuls spécialistes et par mourir. Les textes successifs dialoguent entre eux, ceux du présent empruntent à ceux du passé, et les textes anciens se relisent de manière différente lorsque l’on a connaissance des écrits modernes. Lorsque Aristote explique la démocratie, on mesure la proximité avec Marx. A la relecture de Marx, on constate que celui-ci est en dialogue constant avec Aristote. En ce sens, les textes antiques sont aussi modernes, par le biais de ce phénomène que l’on nomme l’intertextualité.

     

    De l’intérêt de se voir “d’en face”

    L’une des fonctions clés de la culture et des humanités, c’est d’apporter ce pouvoir de “déterritorialisation”. Le mot est de Gilles Deleuze. Il désigne cette faculté de l’individu à s’extraire de lui-même pour se regarder comme dans un miroir. Les langues constituent un outil puissant pour y parvenir. Le Dictionnaire des intraduisibles2, sur lequel nous avons été cent cinquante philosophes à coopérer, part de cette idée. Les philosophes butent en permanence sur des textes en langues qui ne sont pas les leurs. Les intraduisibles, ce n’est pas ce qui est impossible à traduire mais ce qui ne cesse de ne pas se traduire.

    On découvre en permanence dans les mots de l’autre un sens nouveau et une vision du monde différente que celle que nous donne notre propre langue. Les langues sont des filets lancés sur le monde, chacun avec des mailles de formes et de dimensions différentes. Le mot français “sens” signifie à la fois direction, signification et sensation. Dans quelle autre langue trouve-t-on cela ? Ni dans le grec, ni dans le latin, pas dans l’anglais non plus qui fait de “meaning” et de “sensation” deux mots sans aucun rapport l’un avec l’autre. Pour Lacan, chaque langue se résume à l’intégrale des équivoques que son histoire y a laissé subsister.

     

    Le problème

    Le problème n’est pas tellement que les humanités soient moins bien considérées. Simplement, il est aujourd’hui plus difficile d’y avoir accès. Certains de mes étudiants de deuxième année de maîtrise souhaiteraient étudier Platon, mais ils n’ont jamais eu l’opportunité d’apprendre le grec et même d’avoir la moindre idée du fonctionnement de cette langue. Ils ont donc tout à faire en même temps. Le grec, en quatrième, aujourd’hui – c’est à ce niveau que personnellement j’ai commencé à l’apprendre -, c’est compliqué. Le cours a lieu à l’heure du déjeuner, dans tel lycée et dans aucun autre. Cela reste possible bien sûr de l’apprendre, mais il faut le vouloir très fort, ce n’est plus offert. La transmission se fait d’autant moins que les professeurs de lettres modernes n’ont pas forcément pratiqué les langues anciennes. À certains enfants, on propose d’apprendre et d’apprécier les œuvres françaises sur une traduction de Bilbo le Hobbit. Là, il faudrait dire non. Apprendre le français à partir de textes bilingues pour créer cette profondeur de champ que donne la comparaison entre les univers couverts par des mots équivalents dans chaque langue serait très instructif. Mais pas n’importe comment. Étudier des traductions comparées de Poe par Artaud et par Baudelaire aurait un sens.

     

    La France à contre-courant

    Ce qui est en train de disparaître ? On peut en juger en faisant des comparaisons. Il y a l’exemple du Brésil en premier lieu, avec lequel nous sommes en relation étroite. C’est un exemple type de pays où l’on a compris l’importance du socle de connaissances de base et l’intérêt qu’il y a à le faire partager. Nos bons étudiants en philosophie ancienne sont encouragés à aller au Brésil où ils ont une chance de trouver un poste. Le jeu y reste très ouvert, dans une société totalement ancrée dans le présent. L’apport des humanités pour construire une culture commune et différenciée y est pleinement reconnu. L’autre pays qui a accordé récemment une grande place au sujet est l’Afrique du Sud. La grande demande de la commission “Vérité et réconciliation” était d’étudier le fonctionnement de la démocratie, de se poser la question de savoir s’ils pouvaient se considérer comme une nouvelle Athènes. L’amnistie, au cœur de la problématique de réconciliation, faisait partie des thèmes de travail. C’est une question qui fut instruite en leur temps par les Grecs. Comprendre que la première amnistie intervint après la guerre civile des trente et qu’en grec le terme est le même qu’amnésie peut permettre de gagner du temps et de la sagesse lorsque l’on commence à réfléchir à un tel sujet. On amnistiait dans la Grèce antique en sous-entendant que cet acte passait par l’oubli, et donc aussi par le pardon.

    La France n’est pas seule à aller à contre-courant de cette redécouverte par les pays neufs de l’importance des humanités. Cambridge et Oxford ne se sentent pas menacés en raison de leurs bonne situation financière. Mais le département de philosophie de l’université du Middlesex, pourtant si bien notée, a été victime des coupes budgétaires. Et toutes les protestations du monde, y compris une supplique adressée au Pape, n’y ont rien changé.

     

    Le faux argument des discriminations

    On entend souvent l’argument selon lequel les humanités et la culture générale seraient des facteurs de discrimination. C’est prendre le problème à l’envers. Cela renvoie à la critique que le président Sarkozy fit un jour de l’affaire de La Princesse de Clèves 3 . En substance, pourquoi une guichetière aurait-elle besoin d’avoir lu La Princesse de Clèves ? sous-entendait le Président. Est-ce de cela qu'on va lui parler au guichet ?

    Bien entendu non, mais pourtant bien sûr que cette connaissance peut lui être utile, en tant que femme et citoyenne. Il est important de transmettre ce socle commun de connaissances pour que chacun puisse y puiser une confiance en soi et y choisir ce qui lui permettra de mieux s’épanouir. J’ai vu mes enfants s’ouvrir parce qu’un bon professeur leur avait fait lire une oeuvre qui, à un moment donné, a capté leur attention. La perception du monde d’un adolescent peut changer après la lecture de La Sorcière de Michelet, étrange et énigmatique avec un début de sexualité, ou de La Terre de Zola. L’avantage particulier du grec et du latin est de faire la démonstration qu’une langue sert à autre chose qu’à communiquer.

    Vous ne demanderez pas une tasse de café en grec ancien, mais par contre vous aurez l’occasion d’observer un monde, le vôtre, se constituer devant vos yeux. Tout cela ne sert à rien directement, et donc cela sert aussi à tout. Il ne s’agit pas de cumuler des connaissances. Les humanités nous offrent une méthode d’apprentissage de la personnalité. On peut d’ailleurs en décliner l’esprit dans d’autres domaines que les traditionnelles langues anciennes, la philosophie ou l’histoire. À l’école, dans certaines classes, les trois quarts des mains se lèvent lorsque vous demandez aux élèves s’ils connaissent, par leurs parents, une autre langue que le français.

    Pourquoi laisser cette richesse en friche ? On pourrait appuyer des humanités sur l’étude de ce que chacun connaît de la manière d’exprimer la même idée dans des langues différentes. C’est un apprentissage de l’esprit critique capable de saisir les formes du monde qui nous entoure. Il n’y a pas d’âge pour cela. Dans des expériences pédagogiques d’enseignement de la philosophie en maternelle, on amène les enfants à travailler sur des questions pour eux fondamentales de ce qu’est être grand ou petit. C’est à cela que servent les humanités : à avoir du jugement, de l’esprit critique, du goût, c’est-à-dire de la capacité à différencier et à choisir.

     

    Hier plus qu’aujourd’hui ?

    L’idée de faire ses humanités semble jugé d’un autre âge. Un esprit sain dans un corps sain, cela reste pourtant toujours à peu près d’actualité, à toutes les époques. Le mot clé, c’est la démocratisation, réduite à l’époque ancienne. Gargantua faisant ses humanités appartient à une toute petite élite. L’idée n’est pas de demander la même chose à tout le monde, mais d’offrir à chacun les mêmes possibilités. L’erreur actuelle aboutit à enfermer les individus. Remettre les humanités au cœur du réacteur de la formation et de l’éducation, cela reviendrait à laisser plus de portes ouvertes. L’important est d’entretenir des alternatives et des deuxièmes choix à  Google et au “ranking”.

    Cette manière offerte par le moteur de recherche de parcourir le monde en utilisant comme critère la popularité 4 n’est pas diabolique en soi. Elle le devient s’il n’y a plus que cette grille disponible pour appréhender le monde. Si tout cela disparaît, on se dirige vers un monde où les humanités seront des disciplines de spécialistes. On les appellera à l’occasion à son chevet de dirigeant ou d’élu, comme des coachs ou des gourous. Est-ce vraiment souhaitable ? »

     

    1  - Spécialiste des philosophies anciennes, Barbara Cassin est directrice de recherches au CNRS et du Centre Léon-Robin sur la pensée antique. Née en 1947, elle avait vingt ans en 1968 : pour elle, une période de portes grandes ouvertes qui lui a permis de côtoyer les figures de l’époque, de Martin Heidegger à René Char, et de s’imposer en femme philosophe. En d’autres temps, dit-elle, on l’aurait orientée vers la poésie. Son intérêt pour le langage, avec ses équivoques et sa puissance d’explication du monde, l’ont amenée à labourer patiemment le champ pas si fréquenté de la sophistique. C’est pour mieux se dresser en défenseuse convaincue de la diversité linguistique. Elle a dirigé le groupe de recherche sur le vocabulaire européen des philosophies pour aboutir au volumineux Dictionnaire des intraduisibles qui met face à face l’expression en différentes langues des grands concepts de philosophie. Elle s’est impliquée dans le mouvement “Sauvons la recherche”. 

    2 - Dictionnaire qui met face à face l’expression en différentes langues des grands concepts de philosophie.

    3 - Dans un discours, Nicolas Sarkozy ironisait sur une instruction administrative recommandant d’interroger sur cette œuvre les candidats au concours d’attaché d’administration.

    - Les résultats d’une recherche à partir de mots clés fait ressortir en priorité les articles les plus consultés par les internautes ayant entré les mêmes mots clés.   


      

        Et je vous propose maintenant de le comparer avec les réalités du terrain...

        (Un certain nombre de vidéos, sur youtube, portent un titre commençant par "bref", et sont des parodies de différentes situations en principe vécues par des jeunes. Mais il y a en elles une grande part de vérité ! Le comique ne porte que sur la réalité...)

     (vidéo disparue) 

       Ici, nous rencontrons des jeunes partis travailler dans une bibliothèque municipale ou de quartier.

      

     

       ... Et là, il s'agit de trois jeunes de 1ère S (!) devant rendre un travail sur le cinéma à l'occasion de TPE ("travaux personnels encadrés " - que certains appelleraient paraît-il "temps perdu ensemble ").

     
     

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  •     Les animaux peuvent être de grands maîtres de sagesse, comme le signale Osho Rajneesh dans une lame de son tarot (l'art d'être disciple).
     

       Ainsi ma petite chienne vient d'être opérée, et elle m'a permis de me poser certaines questions.

    Scully-3b.JPG


         Fin juin, elle a fait une chute malencontreuse et s'est mise à boiter de la patte arrière gauche, si bien que nous l'avons conduite chez le vétérinaire. Habituée à être bien soignée, elle nous a fait confiance, mais son traitement d'anti-inflammatoires n'a rien donné : elle s'était bel et bien rompu le ligament croisé du genou.

        Nous l'avons donc remmenée passer une radio, puis se faire opérer. Là encore, elle a été d'une sagesse exemplaire. Elle se disait : "c'est pour mon bien ! Ensuite je serai guérie !"

        Hélas, voilà qu'ensuite elle s'est retrouvée rasée au niveau de la hanche, bandée, avec la patte très douloureuse, et en plus obligée de porter une collerette lorsque nous ne  pouvions la surveiller (notamment la nuit) !

    Scully-5.JPG


         Elle s'est donc mise à nous regarder avec des airs de reproche, comme si au lieu de l'aider nous lui avions fait du mal....
     

           Cela m'a donné à réfléchir.

          Si l'animal ne comprend pas toujours notre comportement alors que nous cherchons à lui rendre service, pourquoi nous aussi ne serions-nous pas fermés à une connaissance supérieure, qui ferait que ce que nous prenons pour un drame ou une adversité serait en réalité un bien en préparation ?

        Pourquoi toujours interpréter ce qui nous arrive de façons immédiate et matérielle - voire émotionnelle - quand peut-être TOUT ce qui nous arrive pourrait n'être que pour NOTRE BIEN ?

         Nous ne savons pas tout de la vie, loin de là ; nous sommes même très, très ignorants. On m'a rapporté l'histoire d'un homme qui se serait jeté à genoux en pleine rue en criant à qui voudrait l'entendre : "J'attends que Dieu me demande pardon pour la vie minable qu'il m'a offerte !" 

        Mais comment peut-on dire une chose pareille ?! Que sait-il de sa "vie minable", par rapport à tant de souffrances qui existent dans ce monde, et surtout à leur POURQUOI ?

        Une chose est certaine en tous cas : si nous cessions de voir le mal partout et cherchions toujours à deviner quel BIEN pourrait en découler, nous serions déjà beaucoup plus heureux.

         La vérité est que tout se passe dans notre mental : qui désire, qui compare, qui enrage, qui veut posséder, qui veut être le meilleur... Si nous nous contentions de LA VIE, de quel miracle serions-nous déjà les témoins !! Même un corps handicapé, malade, est déjà un miracle de fonctionnement - et bien des malades ou handicapés nous donnent parfois des leçons de joie de vivre !

         Essayons donc de nous dire : de toute adversité découle un bien, même si nous ne le percevons pas ici et maintenant (voir encore la carte du "Jugement", du Tarot de Rajneesh).

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      Je viens de regarder en différé le dernier "Rendez-vous en Terre Inconnue", de Frédéric Lopez, qui se situe au Sahara avec Sylvie Testud. Je vous invite à le revoir ici, tant qu'il y est encore diffusé intégralement.

       Et ce qui est extraordinaire avec cette émission - je ne sais pas si son réalisateur en a eu conscience en la concevant - c'est que, quelle que soit la vedette qui est choisie, et quel que soit le lieu où elle se rend, la découverte reste la même : l'aventurier (ère) en revient bouleversé parce qu'il a découvert des êtres vrais, qui dans l'humilité de leur vie éloignée de toute civilisation, ont su lui transmettre des émotions profondes et lui apprendre la sagesse. Si bien que le spectateur lui aussi, rien qu'en suivant le cours du reportage et en se projetant dans le coeur de l'invité(e), est à son tour profondément touché par ce contact inouï avec les racines mêmes de la nature humaine.

     

    Canyon.jpgPrès de la Guelta d'Archei (Tchad)

     

        Sylvie Testud fait cette remarque forte plusieurs fois dans le film - à son arrivée dans le désert, puis au milieu lors d'un déplacement avec un troupeau de dromadaires vers un canyon extraordinaire : la Guelta d'Archei - qu'elle a l'impression de se retrouver "à l'origine de l'histoire du monde", ou "aux débuts de la Terre". En effet, le décor est biblique ; dans l'immensité du désert, il semble qu'il n'y ait en tout et pour tout que quelques hommes et quelques bêtes, vivant en harmonie. Elle évoque même le Jardin d'Eden, tant cette harmonie paraît évidente et naturelle ; ou encore l'univers des contes pour enfants - et l'on pense à Aladin ou aux Rois Mages.

     

    Kaltouma.jpgKaltouma

     

       Sa conversation avec l'une des femmes qui la reçoivent, Kaltouma, manifestement encore très jeune et enceinte pour la 4e fois, lui permet de découvrir que non seulement ces femmes accouchent entièrement seules, mais qu'en plus elles sont persuadées qu'un témoin de leur accouchement ne pourrait que se moquer d'elles ! De plus, mariée par surprise à l'âge de quatorze ans à un homme qu'elle n'avait jamais vu, et emmenée de force liée sur un dromadaire avec quelqu'un assis sur elle pour prévenir toute tentative de fuite, elle a tout de même fini par s'attacher à son mari et apprécier de vivre sous sa protection (il est heureusement environ de son âge et l'avait choisie, lui, par goût). Leur vie est si paisible dans le désert ; l'on ne s'y sent, disent-ils, jamais seul car on a des amis sur qui l'on peut compter et toujours de la famille quelque part. L'un d'eux, Hadoum, ne mettra jamais ses enfants à l'école : pourquoi les enfermer dans les villes alors qu'ils peuvent continuer à vivre cette existence libre d'éleveurs ? Il pense bien que ce métier, qui existe depuis toujours, continuera toujours d'exister.

     

    Puits.jpgLe puits

     

       Pour trouver un puits, il faut marcher quatre heures ; les nomades ne s'installent pas à proximité car il ne s'y trouve pas suffisamment de nourriture pour les troupeaux. Alors, comment ne pas penser au Petit Prince ? Tout le message du petit Prince revient dans ce reportage, notamment à la fin (et à la fin de chacune de ces remarquables émissions d'ailleurs), lorsqu'il s'agit de se quitter : car avec des gens si solitaires et si profondément ancrés dans la nature, les liens qui se nouent ne peuvent être que très intenses, et l'on pense au Renard qui dit :" Je pleurerai". On est un peu triste, lorsque l'on s'est laissé apprivoiser ! Cependant il ajoute : "Mais j'y gagne, à cause de la couleur des blés". Et de même, les deux femmes assurent à Sylvie qu'elles ne pourront jamais l'oublier, parce qu'elles l'ont tout de suite aimée... Quant à notre héroïne, elle reconnaît avec émotion qu'elle laisse une partie d'elle-même en arrière - comme l'affirmaient d'ailleurs ceux qui l'ont précédée sur d'autres terres inconnues. Dans nos villes, a-t-on le temps de se connaître si intimement ? Se laisse-t-on réellement "apprivoiser" ?

     

    Petit-Prince-Renard.jpgLe Petit Prince et le Renard (Saint-Exupéry)

     

       Quelle sagesse et quelle grandeur chez ces hommes qui affirment n'avoir jamais peur au désert, car ils savent se guider aux étoiles, et surtout, ils ont traversé toutes les peurs possibles parmi lesquelles la plus grande est celle de la mort, ayant été capables de survivre trois jours sans manger ni sans boire ! Après cela, déclare l'intéressé, "si la mort doit me surprendre, elle le fera n'importe où... "  

       Vers la fin de l'émission, en regardant ces êtres marcher sur la terre nue avec leurs simples robes, je me suis dit que ce seraient eux les premiers au "paradis"... et que s'il y avait de multiples réincarnations avant de parvenir à la perfection, eh bien c'étaient eux qui vivaient la dernière. De quoi avons-nous l'air, avec nos immeubles, nos routes et nos voitures, nos finances, nos assurances et nos connaissances, avec nos modes, nos habitudes et toutes nos complications ? Ne sommes-nous pas complètement à côté de la vérité, et si embarrassés de possessions multiples qu'il nous pousse un ego gigantesque impossible à déraciner ?...

     

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         Seule une existence dépouillée, entre la terre et le ciel, avec de simples animaux, peut nous permettre de retrouver la voie du cœur.

     
     
     

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