•       Depuis que je me suis remise en quête de Vérité, il y a maintenant un peu plus de deux ans, je n'ai pas cessé de voir survenir autour de moi des décès.

          Jusque là cela avait été fortuit, exceptionnel. Mais depuis deux ans, c'est sans cesse, comme un martèlement perpétuel, tout d'abord dans ma famille ou dans celle de très proches, puis maintenant parmi mes voisins immédiats, des gens que je côtoyais sans cesse et dont je partageais presque l'existence.

     

    Rose


           Non seulement je m'y implique de plus en plus, mais à chaque fois la cérémonie d'obsèques relance le questionnement  et porte à réfléchir.

            Je ne fréquente plus beaucoup les offices catholiques et pourtant trouve qu'il est essentiel qu'au moment d'un décès il y ait cette ouverture vers l'affirmation d'une vie qui dépasse l'apparence, et que le départ du disparu soit accompagné d'un rituel apaisant. Cependant c'est bien plus que cela : la cérémonie réunit à l'église des quantités incroyables de gens, qui en l'espace d'une heure, autour d'un défunt, sont en parfaite communion. Communion par le cœur, car ce sont les sentiments d'amour qui les rapprochent, et communion par la destinée, car chacun est soudain renvoyé à sa condition mortelle, et obligé de méditer sur ce qu'il est, ce qu'il croit, ce qu'il sait de lui-même.

            Et alors, étrangement, c'est précisément celui dont le corps se trouve là-devant exposé, anéanti comme fumée, qui nous rappelle le bonheur d'être en vie, par le souvenir qu'il nous laisse de sa gaieté naturelle, de son goût pour la danse et l'accordéon musette, de son amour des fleurs ! Et chacun sourit en songeant que même pour ses obsèques il nous a convoqué le soleil.

           Des lectures sont apportées pour nous permettre de réfléchir, et l'une d'elles m'a interpellée si bien que j'aimerais vous en donner mon interprétation.

             C'est le discours prêté à Jésus sur le Jugement dernier dans l’Évangile selon Matthieu au chapitre 25, versets 31 à 46. Je ne recopie pas le texte qui est long, mais vous le trouverez en suivant le lien indiqué.


                En effet, c'est pour des affirmations de ce genre que l'on quitte la religion catholique. Il y a dans ce dogme des aberrations, une vision de "Dieu" et de son "comportement" qui prêtent à sourire voire incitent au rejet. Si Dieu il y a, ce n'est pas un père fouettard, ni davantage un individu quel qu'il soit !! Ce texte, qui avait été choisi parce que le défunt avait toujours mis au centre de sa vie le dévouement aux autres, méritait sans doute que l'on rappelât à chacun le second commandement : "tu aimeras ton prochain comme toi-même" (Matthieu 22, 39), qui est central puisque nous sommes un seul Être dans l'Amour.

           Mais comment pouvez-vous imaginer une minute qu'à "la fin des temps" (quand ça ?), le "Fils de l'Homme" (c'est-à-dire Jésus ?) vienne "dans la gloire" (accompagné d'anges sonnant de la trompette dans le ciel ?) pour mettre les "moutons" à sa droite et les "boucs" à sa gauche, afin de féliciter les premiers et les faire rentrer dans son Paradis, et de condamner les seconds en les jetant dehors ? Mon père me dit-on, était farouchement contre l'incinération car il espérait "ressusciter au dernier jour" pour connaître ce "Jugement dernier". Quel mythe ridicule !

          Ce texte est à comprendre tout à fait différemment. Il est imagé, comme toutes les paraboles...

     

    Jugement dernier

     

            Ne croyez-vous pas qu'en réalité ce "Jugement" se déroule en nous-même, et qu'il n'est "dernier" que parce qu'il intervient au moment où enfin, nous nous dévoilons à nous-même et comprenons qui nous sommes ? Ce n'est pas de la fin des temps qu'il s'agit, mais de la fin du temps, c'est-à-dire de notre sortie de l'univers mental.

            Le Fils de l'Homme alors n'est pas Jésus, l'homme Jésus qui fut un instructeur mais a disparu depuis bien longtemps - emporté avec tout l'univers mental d'ailleurs - mais l'instance la plus élevée de nous même.

              Et à ce moment, à cet instant qui est hors temps et qui donc est maintenant - maintenant quand nos yeux s'ouvriront - , nous prenons conscience de tout ce qui doit être abandonné, de tout ce qui pèse inutilement en nous retenant dans l'inconscience ("les boucs" : nos attachements, nos pensées illusoires) et nous devenons capables de nous en détacher ; tandis que nous apparaissent clairement les qualités divines qui sont en nous, l'Amour qui nous permet de voir le Divin resplendir en toutes choses et de nous y consacrer, de nous y abandonner (comme des "moutons", remplis de douceur et d'innocence).

               Je dirai même qu'à chaque instant le "Fils de l'Homme" en nous voit cela et que notre identification négative (attachement au matériel, croyance à un soi séparé) fait de nous des malheureux coupés de la Source (des boucs dans la peine éternelle), tandis que la vision du Divin en tous et en toutes choses dans un joyeux don de soi nous apporte une félicité sans égale. En effet, les souffrances évoquées (avoir faim ou soif, être malade, étranger ou en prison) sont exactement celles dans lesquelles se maintiennent les premiers, qui n'ont pas su se nourrir de la Source, boire à la Source du Divin en eux, mais sont demeurés dans la prison de leurs croyances, étrangers à leur véritable nature, et malades de ne pas se connaître en tant que pure émanation du Divin.

     

    Bouddha

     

           Nous sommes tous les "bénis de notre Père", car comment pourrait-il en être autrement ? La Création est immaculée, les scories sont poussière et tomberont d'elles-mêmes...

             Que la Pure Lumière soit toujours avec vous.

     


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             Nous savons tous maintenant que nous sommes les enfants de l'Unique, et donc tous frères et soeurs dans notre aspiration à ce retour vers l'Unité.

             Mais les difficultés et les revers demeurent. La belle "Joie" océanique parfois touchée ne se laisse pas saisir. Le sentiment de notre "particularité" nous oppresse et nous projette vers le supposé malheur des "autres".

            Le merveilleux Nisargadatta Maharaj, à la toute fin de son existence, donnait ces conseils à ses fervents auditeurs. Dans le texte qui suit, "Q" signifie "question" et "M" est la réponse du Maharaj.

     

    Nisargadatta Maharaj

     

    «    [Q] : J'ai lu et étudié "Je Suis". Pourtant je suis toujours insatisfait de mon mode de vie.

         [M] : (...) Vous avez lu avec le mental. Désormais, quand vous lirez ce livre, considérez que vous êtes la conscience universelle et faites votre lecture et votre étude à partir de ce point de vue-là. Lisez le livre en partant du point de vue que vous n'avez ni forme ni couleur, que vous êtes la lumière.

         [Q] : Je n'arriverai plus à lire si je pense ne plus être le corps et le mental.

         [M] : Ne vous inquiétez pas de savoir si vous pouvez lire ou non. Faites ce que je vous dis et peu à peu les choses vous seront révélées. Certains sont tout à fait prêts à accepter ce que je dis, alors que d'autres doivent d'abord être battus, et même ainsi ils ne comprennent pas. Mais si vous êtes prêt les choses vous seront révélées. (...)
         Vous devez méditer sur le "je suis" sans vous accrocher au corps et au mental. De même que, bébé, vous buviez au sein de votre mère, de même buvez le "je suis", la connaissance de votre être.
    (...)
         Vous n'arrêtez pas de poser des questions relatives au monde extérieur mais n'essayez pas de découvrir ce que vous êtes. Depuis votre naissance vous avez cru avoir telle ou telle identité. Vous avez d'abord cru être un enfant, puis un adolescent, puis un adulte, puis un homme d'âge mûr, puis un vieillard. Aucune de ces identités n'a eu de permanence. Ce à quoi vous vous accrochez, croyant que c'est "vous", tout cela disparaîtra.
    (...)
         Si vous dites : "j'ai compris", l'objectif n'a pas été atteint. Vous devez arriver à l'état où vous avez cette impression : "je ne comprends rien du tout" ; vous devez dépasser l'étape de la compréhension, aller au-delà d'elle. Vous devez arriver à cette conclusion : les différentes étapes - de l'enfance à la vieillesse - se sont révélées fausses, quel que soit l'objet de votre compréhension et l'identité dans laquelle vous vous êtes affermi. De la même manière tout ce que vous avez cherché à comprendre au cours de votre recherche spirituelle se révélera faux. Il n'y a rien à comprendre. Méditez là-dessus. »

    [Le lendemain]

    «     [Q] : Qu'allons-nous faire aujourd'hui ?

         [M] : Être témoin de cette conscience, cette conscience pernicieuse, trompeuse, qui nous fait croire qu'il y a différentes étapes. C'est très simple. Il y a un certain temps cette conscience n'était pas et elle disparaîtra un jour. Vous, par contre, serez toujours présent, en tant que témoin de cette conscience. Vous, l'Absolu, êtes l'état parfait. Vous n'êtes ni la conscience, ni à l'intérieur de la conscience pleine d'exigences et de désirs.
          Voici une autre manière de comprendre ce point : quelque connaissance que j'aie acquise par les chants sacrés, la dévotion et ainsi de suite, je l'abandonne à la connaissance de Dieu ; je ne suis pas cette connaissance. Je suis hors du parfum de la connaissance ou conscience. J'abandonne l'ensemble de ma connaissance, moi-même et la conscience à Brahma - la conscience manifestée. La création en soi est Brahma, le feu sacrificiel est également Brahma tout comme celui qui fait le sacrifice.
    (...)
         Maintenant, comme avant, des choses se passent dans le monde, à la différence pour nous qu'ayant compris que nous sommes sans nom et sans forme il n'y a plus d'activités. Ce qui se passe dans le monde est de la nature du rêve. La personnalité individuelle s'est évanouie. Celui qui sait cela ne peut plus avoir envie d'améliorer un tel monde. Il ne s'occupe plus de son comportement dans le monde.
         On peut avoir l'intellect le plus brillant qui soit, et grâce à lui réunir le plus d'informations possibles sur le monde : mais le tout est sans utilité, car faux à la base. »

    Sri Nisargadatta Maharaj - Graines de Conscience.

     

    Qui sommes-nous ?

     

          Pour compléter et illustrer ses dires, voici deux passages de l'Évangile selon Thomas, traduit par Jean-Yves Leloup. Entre crochets le numéro des "logion" (chapitres).

     

    «   [27] Jésus disait :
     Si vous ne jeûnez pas au monde,
    Vous ne trouverez pas le Royaume.

     

       [29] Jésus disait :
    Si la chair est venue à l'existence à cause de l'esprit, c'est une merveille,
    mais si l'esprit est venu à l'existence à cause du corps, c'est une merveille de merveille...
    Mais moi, je m'émerveille de ceci :
    Comment cet Être qui Est
    peut-il habiter ce néant ? »

     
     

    Icone de la naissance de Jésus

     

     


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     Voici une citation de Ramana Maharshi trouvée aujourd'hui sur le net :

    «  Jamais nous ne serons plus proches de Dieu qu'à l'instant même ... »

     

    Offrande au sommet de la montagne Arunâchala
    Offrande au sommet de la montagne Arunâchala 



         Ces paroles viennent rejoindre à merveille cette vidéo inspirante de Jean-Yves Leloup que j'avais entendue hier, évoquant la Parabole du Fils Perdu dont vous pouvez écouter le texte en suivant le lien ci-dessus de 10'30 à 15'45, ou que vous pouvez relire ici.

      Je m'étonnais alors qu'une parabole évoquée seulement par Saint Luc et non dans plusieurs évangiles comme c'est souvent le cas ait pu faire couler tant d'encre ; et que moi-même j'aie pu en parler plusieurs fois, sur ce blog et sur le précédent, ou évoquer des sujets similaires en poésie sans en épuiser les retentissements.

         Cependant il est vrai que ce texte est infiniment riche : outre qu'il évoque, comme le rappelle justement Jean-Yves Leloup dans la vidéo citée, la Chute originelle, il est aussi sujet à des interprétations multiples à plusieurs niveaux. D'où la possibilité de commentaires nombreux et variés.

        Voici l'interprétation qui s'impose aujourd'hui à mon esprit dans une optique Non-Duelle, et donc en accord avec la déclaration du Maharshi.


          Il  n'y aurait qu'UN Fils. 

         Le Fils dit « cadet » ne serait qu'un rêve, une hallucination survenue dans l'esprit du Fils dit « aîné ».

        En effet nous comprenons bien à la lecture du texte que, quoique vivant en permanence auprès de son Père, ce dernier n'a jamais su comprendre véritablement l'Amour Parfait et merveilleusement Nourricier dont il était l'objet.

        Il semble vivre en aveugle, ignorant la réalité de la Présence de son Père, et il faut qu'à la toute fin Celui-ci lui dise : « Tout ce qui est à Moi est à Toi ! » pour qu'il s'en aperçoive.

       Pour véritablement le découvrir, il lui faudra cette chute, il lui faudra ressentir la séparation, endurer la coupure d'avec la Source de sa Vie et comprendre sa nullité propre, sa totale indigence, son incapacité à exister dans la nuit d'une errance sans but ni fin.

       Mais au fait, ceci existe-t-il en dehors de notre imagination ?... Bien sûr que non ! Que nous en soyons conscients ou non, nous savons profondément que nous sommes reliés par tous nos atomes, par tous nos sens et toute notre énergie à ce monde enveloppant dans lequel nous sommes insérés, qui nous entoure comme un cocon, se rappelant à notre conscience même dans la douleur, même dans l'adversité comme une trame d'infinie Présence, d'infinie Permanence !

        Et pourtant ce Fils (mis au masculin par tradition pour la seule notion d'«héritage ») a cru être un individu misérable projeté dans un univers infiniment morcelé, abandonné à lui-même et obligé de gérer mille situations critiques... Cette coupure d'avec le Souffle sensé l'animer, c'est ce que son Père appellera « être mort » : il était mort comme un appareil qui ne fonctionne plus parce qu'il n'est plus branché au courant électrique ; il était privé de son alimentation

         Or à l'instant précis où il s'éveille de son idée fausse, où il se souvient de son Origine, de sa Source, Le Père est déjà là présent, plus proche que jamais, plus proche même que l'on puisse imaginer puisqu'Il le tient déjà dans ses bras ! L'Enfant s'éveille au Cœur même de son Père. Et déjà lui sont donnés la Robe, les sandales et l'Anneau qui le distinguent en tant qu'Héritier de Tout ce qui est au Père, scellant entre eux l'Unité parfaite avec la Reconnaissance parfaite ...

     

     


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  •       Nous sommes aujourd'hui le Vendredi Saint, jour où nous nous souvenons de la mort de Jésus. Il n'est pas surprenant que des événements tristes ou douloureux viennent souligner la noirceur de cette journée, tout comme le ciel qui s'est terni et mouillé de pluie. 

        Dans la Passion selon Saint Matthieu mise en musique par Jean-Sébastien Bach que j'évoquais hier, à la suite de l'air de contralto si émouvant le récit de l'évangéliste reprend avec ces mots :

    « Depuis la sixième heure jusqu'à la neuvième, il y eut des ténèbres sur toute la terre. »

        De même que les œuvres religieuses de Bach sont ponctuées de méditations à l'usage des auditeurs, de même nous pouvons ici sortir de la simple audition d'événements rapportés pour nous représenter ce qui symboliquement nous est proposé. Et pour cela, nous avons le choix de nous identifier à un spectateur actuel qui serait témoin d'une tentative de destruction du Verbe Fils de Dieu - ce qui se fait le plus couramment. Mais aussi à Jésus lui-même, en tant qu'être humain en quête du retour vers Soi - c'est-à-dire au Fils de l'Homme demandant à connaître Dieu.

           Dans les deux cas, cette notion de « Ténèbre » prend tout son sens.

    Ténèbres

     
      La première proposition est la plus simple et la plus apparente : Le Verbe étant la Lumière du monde selon le prologue de l'évangile de Jean, L'anéantir c'est plonger le monde dans les ténèbres. Ainsi la tradition chrétienne voit-elle les trois jours séparant ce moment de la mort du Christ avec sa "Résurrection" située au matin de Pâques, comme un temps de Ténèbres. Trois jours symboliques durant lesquels le germe de la Vie Divine (Jésus mis au tombeau) a été enfoui sous terre pour y mourir et porter beaucoup de fruit. Cette conception se rattache à toutes les traditions anciennes des religions à Mystères, qui s'intéressaient à des personnalités tuées ou emportées dans la mort (Osiris, Perséphone, Eurydice, Adonis), que l'on voyait à la saison suivante rejaillir de façon stupéfiante, à l'image de la Nature. 

          Et bien sûr, tout le monde de se réjouir au point que l'on oublie totalement aujourd'hui la souffrance nécessaire à l'accomplissement de tout mystère authentique, de toute transmutation alchimique : et l'on se contente de collectionner joyeusement les œufs et les lapins en chocolat en pensant qu'une "ascension spirituelle" devrait permettre d'éradiquer à tout jamais la mort et la douleur de ce monde !

          En "répandant son Esprit" (en effet la traduction de "Il rendit l'esprit" serait inexacte, si l'on en croit Jean-Yves Leloup dans son ouvrage sur l’Évangile de Jean, le verbe grec employé signifiant plutôt "donner, offrir"), Jésus en tant que Verbe l'a projeté dans le cœur même de tous ceux qui croient en Lui. Si bien que la seule Lumière qui puisse réapparaître ne pourra le faire que du cœur de chacun de ceux-ci...

     ***

           Pourtant, j'aimerais aujourd'hui m'attarder sur la seconde option.

          Pour ceux qui durant une longue tradition mystique ont pratiqué l'Imitation de Jésus-Christ, depuis les premiers Pères du Désert jusqu'aux "quiétistes" du XVIIe siècle (tradition hélas un temps perdue et que nous avons dû aller rechercher auprès des philosophies orientales), Jésus représente l'Homme en quête de Dieu qui, face au Néant et à la Ténèbre seuls présents à son esprit, n'a le choix que de s'y laisser disparaître totalement. 

         En effet, lorsque cette obscurité s'étend, Jésus n'est pas encore mort. Il représente alors symboliquement l'Homme conscient de sa solitude et de son impuissance, dans la position qui est la sienne : accroché, fixé de façon irrémédiable à la croix de l'espace-temps, au bois de l'incarnation, au déchirement des passions et des émotions, et qui suffoque de ne trouver aucune issue à cette situation de blocage. Tous les espoirs qu'il avait nourris jusque là reposaient sur un "Dieu" qui lui serait dévoué (qu'il appelle "Eli", et que nous appelons bien souvent "Mon Dieu" - c'est d'ailleurs la traduction retenue), sensé le soutenir en toutes circonstances, lui apporter son appui et son aide dans toutes ses entreprises, de manière à ce que celles-ci soient toujours positives, bénéfiques, et couronnées de succès... Les ricanements des assistants soulignent bien le côté illusoire de cette croyance.

        En effet "Dieu" n'est pas celui qui soutient l'ego et le conforte dans ses projets. Le Dieu véritable n'est présent que dans ces ténèbres justement qui planent autour de la croix. Au moment où Jésus cesse de voir le monde qui l'environne il s'en rapproche. Voici deux textes qui éclairent cette idée.  

          Le premier est tiré du court "Traité de Théologie Mystique" qu'on a longtemps attribué à Denys l'Aréopagite, célèbre disciple de Saint Paul ayant été évêque de Paris et à l'origine de la Basilique portant son nom, mais qui en réalité n'est pas de lui et reste signé d'un "Pseudo Denys l'Aréopagite".  

     

    Buisson ardent

        Ce n’est donc pas sans motif que le divin Moïse1 reçoit l’ordre de se purifier d’abord lui-même, puis de s’écarter de ceux qui ne sont pas purs ; qu’il entend après sa totale purification les trompettes aux sons multiples, voit de nombreux feux irradier de leur pur rayonnement ; et qu’ensuite, séparé de la foule et avec des prêtres choisis, il atteint au sommet des divines ascensions.

        Mais à ce degré-là, il n’entre pas encore en relation avec Dieu ; il ne Le contemple pas, car Il est Invisible. (…)

          C’est alors que Moïse s’affranchit même de ce qu’il voit et de ceux qui le voient ; il pénètre dans la Ténèbre vraiment mystique de l’inconnaissance, il ferme les yeux à toute saisie par l’intelligence et, dans une totale démission de tout ce qui se peut toucher ou voir, il appartient tout entier à Celui qui est au-delà de tout. Il n’est plus à lui-même ni à personne d’autre, mais il est uni par le meilleur de lui-même à Celui qu’on ne peut absolument pas connaître ; dans l’inactivité de toute connaissance, et par cette inconnaissance même, il connaît au-delà de l’intelligence. 

    1 Exode chap.3, Moïse au Mont Horeb.

    Attribué à Denys l'Aréopagite, chapitre I, paragraphe 3

     ***

        Et le second, qui s'y réfère, est extrait d'un sermon de Maître Eckhart, non moins célèbre mystique du XIVe siècle allemand. 

    « Paul se releva de terre et, les yeux ouverts, il vit le Néant2. »

        Je ne peux pas voir ce qui est Un. Il vit le Néant, c’était Dieu. Dieu est un Néant et Dieu est Quelque chose. Ce qui est Quelque chose est aussi Néant : ce que Dieu est, Il l’est absolument.

         Quand il écrit sur Dieu, le lumineux Denys dit :

      « Il est au-dessus de l’Être, Il est au-dessus de la Vie, Il est au-dessus de la Lumière. »

        Il ne lui attribue ni ceci ni cela, et il veut dire qu’Il est on ne sait quoi, très loin au-dessus. Si quelqu’un voit quelque chose ou si quelque chose s’introduit dans ta connaissance, ce n’est pas Dieu pour la raison qu’Il n’est ni ceci ni cela. Si quelqu’un dit que Dieu est ici ou là, ne le croyez pas.

        La Lumière qu’est Dieu brille dans les ténèbres. Dieu est la vraie Lumière ; celui qui doit la voir doit être aveugle et écarter Dieu de quoi que ce soit. Un maître dit :

     «  Celui qui parle de Dieu par quelque comparaison parle improprement de Lui, mais celui qui s’exprime sur Dieu au moyen du Néant parle convenablement de Lui. »

        Quand l’âme parvient dans l’Un et y pénètre en un total rejet d’elle-même, elle trouve Dieu comme dans un Néant.

       Il sembla en rêve à un homme (c’était un rêve éveillé) qu’il était gros de Néant comme une femme est grosse d’un enfant, et dans ce Néant, Dieu naquit : Il était le fruit du Néant, Dieu était né dans le Néant.

        C’est pourquoi il dit :

         « Il se releva de terre et, les yeux ouverts, il vit le Néant. »

       Il vit Dieu en qui toutes les créatures sont néant. Il vit toutes les créatures comme un Néant, car Dieu a en Lui l’être de toutes les créatures. Il est un Être qui a en Lui la Totalité de l’Être.

    2 Actes des apôtres 9,8

    Maître Eckhart, sermon 71, extrait
    Ces deux textes sont directement empruntés à une émission de télévision catholique retranscrite en vidéo ici, respectivement à la 15e et à la 32e minute.

     

         À la neuvième heure, après avoir perdu tout espoir, même en Celui qu'il appelait autrefois "son Dieu", des profondeurs de ce qui apparaît comme Ténèbre à l'oeil habitué aux formes incertaines du monde mais qui n'est en fait que pure Vacuité, Obscurité lumineuse, Néant "habité", Jésus expire dans un grand cri... Ce qui ressemble fort à une "chute" en soi-même, ou à ce que l'on appelle parfois le "Big Crunch" : il parvient dans l’Un et y pénètre en un total rejet de lui-même pour reprendre la formule d'Eckhart.

        Tandis que l'apparition du monde s'était accompagnée de l'émission de sa Conscience ("Logos") dans une vaste inspiration (inspiration de la créature, qui la vivifie), l'expiration permet à ce Logos, ce puissant "Cri", de retourner à son origine, le Principe Premier, l'Un Suprême qui surpasse toute pensée et toute notion.

     

    Ténèbres

     


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  •       Jean-Yves Leloup, dans "L'Absurde et la Grâce" , cite une méthode bouddhiste zen qui consiste pour un Maître à confier à son élève un Kôan, c'est-à-dire une phrase ou parfois une petite histoire apparemment dénuée de sens, ou encore simpliste, sur laquelle méditer. 

     

    Tarot Rajneesh-11-Être ordinaire


            Le but de ces formules semble être de pousser celui-ci à basculer au-delà du mental, la proposition semblant trop absurde pour le sens commun. 

           Les exemples de kôan couramment cités sont :

    « Quel est le son d'une seule main qui applaudit ? »

         Ou encore :

    «  Quel était ton visage avant la naissance de tes parents ?»

        Ainsi Leloup (cf. livre ci-dessus p. 294) raconte avoir écrit un scénario qu'il aurait intitulé "l'Assise et la danse", dans lequel il confronte une jeune femme fascinée par le Zen (et donc par l'Assise) et un jeune danseur épris de philosophie nietzschéenne, incapable de concevoir un dieu immobile : dans la rencontre entre ces deux personnages il cherche à découvrir un équilibre entre méditation et action, forme et non forme, repos et mouvement... Et il imagine pour son héroïne, partie au Japon chercher l'enseignement d'un "roshi" (d'un vieux maître), un kôan qui m'a immédiatement séduite. Le voici :

    «  On  n'est bien assis que sur un coussin que l'on a donné. »

         Peut-être ceux d'entre vous plus familiers du Zen objecteront-ils que les kôan sont plutôt des rappels à la simplicité, à l'instar de celui-ci :

    «  Ce qui te manque, cherche-le dans ce que tu as. » 

        Ou encore de simples pépites de sagesse, comme celui-ci :

    « Je sais et je sens que faire du bien est le plus vrai bonheur que le cœur humain puisse goûter. »


         Dans ce cas, nous y retrouverons la précieuse philosophie du "être ordinaire" qu'Osho vante en permanence dans les petits contes dont s'inspire son "Tarot de la Transformation".    

         Cependant, faisant écho à la phrase imaginée par Leloup, voici le kôan qui me parut surgir de soi-même lors de la promenade évoquée précédemment :

    « On n'est vraiment à l'abri que dans une maison qui a été ôtée. »

     Qu'en pensez-vous ?

     

     


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